04/12/2012

Histoire de Rutka Laskier

Janvier 1943. Rutka Laskier a 14 ans quand elle commence à écrire son journal, dans le ghetto de Bedzin, ville ouvrière qui comptait 25 000 Juifs (un habitant sur deux), dans la région de Cracovie. 

Là, comme dans tant d’autres villes, les nazis, dès 1939 mènent une politique d’exclusion et de terreur au regard des Juifs. En septembre 1939 les Einsatzgruppen brûlent la grande synagogue de la vieille ville ainsi que les maisons  environnantes. Puis ce sont les premières expulsions des Juifs du centre ville,  avec interdiction pour eux d’en emprunter les rues ;  les brassards blancs marqués de l’étoile de David, bientôt remplacés, en 1941, par l’étoile jaune avec la mention « Jude » ; enfin les relogements successifs, dans un ghetto encore ouvert, puis dans un autre, entièrement clos de murs.

Auschwitz n’est distant que de 40 km : en 1943 Rutka sait avec beaucoup de lucidité quel destin l’attend. Dans son journal, qu’elle écrit jusqu’au 24 avril 1943, date à laquelle la famille est « relogée » dans le second ghetto, elle parle des chambres à gaz et des crématoires. D’autre part, elle est témoin de la violence inouïe dont peuvent faire preuve les soldats allemands dans le ghetto.

Elle  décrit l’étau se resserrant implacablement  sur sa famille et ses amis,  effroyable mécanisme  qui  les conduira à la mort (son père seul survivra), mais elle évoque aussi avec une grande liberté ses premiers émois d’adolescente et l’éveil de son corps. Un extraordinaire mélange de lucidité, de peur  extrême  et d’envie de vivre caractérise le journal de Rutka. Il constitue aussi un document exceptionnel sur la vie dans les ghettos, où tout est exacerbé, les souffrances mais aussi l’amour de la vie coûte que coûte, dès que la moindre occasion se présente.

Les Laskier s’entassent en 1942, avec d’autres familles, dans la maison des Sapinska, Polonais catholiques,confisquée par les nazis pour en faire une maison du ghetto. La fille des anciens propriétaires, Stanislawa, à la demande de son père, vient voir ce que devient leur ancien domicile. Elle s’y lie d’amitié, au cours de ses visites, avec Rutka. La jeune fille juive lui parle de son journal, du peu de temps qu’il lui reste à vivre. Elle souhaite que son journal lui survive.  Stanislawa lui conseille une cachette, qu’elle connaît bien, sous une marche de l’escalier dans la maison.

Le 24 avril 1943, la famille Laskier change une nouvelle fois de quartier : cette fois les Juifs sont enfermés dans un ghetto hermétique. Piégés, ils  y attendent la déportation. Le ghetto est liquidé par les  nazis en août : toute la famille Laskier est déportée à Auschwitz. A l’arrivée dans le camp d’extermination, Rutka, son petit frère Joachim et sa mère Dorka sont séparés du père, Yaacov. Lui seul a survécu. On sait depuis peu, grâce au témoignage d’une amie de déportation, que Rutka a survécu jusqu’en décembre 1943. Elle attrape alors le choléra.  Sous la menace d’un SS, son amie doit l’emmener jusqu’aux chambres à gaz dans une brouette. Pendant le trajet  Rutka la suppliait de s’approcher des barbelés pour s’y jeter et mourir électrocutée. 

Lorsqu’elle est retournée dans son ancienne maison, Stanislawa, son amie catholique, a retrouvé le journal intime, caché sous une marche, comme elle l’avait conseillé. Elle n’a rendu publiques ces soixante pages qu’en 2005, et en a fait don deux ans plus tard au musée Yad Vashem de Jérusalem.

http://www.memorial-caen.fr

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