24/11/2012

Les enfants de Terezin

Terezin (en allemand Theresienstadt), ancienne ville militaire située à 60 km au Nord-Ouest de Prague, est transformée en ghetto par les Nazis dès 1941. Ils en font à la fois un camp de transit vers les camps d'extermination situés à l'Est et un ghetto modèle, une vitrine censée montrer à la communauté internationale la bonne volonté du Troisième Reich envers les Juifs. Un film de propagande nazi y a été tourné : il présente Terezin comme une station touristique où les Juifs sont bien traités !

En réalité, on y retrouvait les conditions de vie des autres ghettos : malnutrition, conditions d'hygiène épouvantables, maladies, tragique manque de moyens médicaux... 60 000 personnes ont été logées dans cette garnison qui abritait avant la guerre 3 500 soldats !

Malgré tout, là encore, comme dans les autres ghettos, la population juive déportée (originaire essentiellement de Tchécoslovaquie, mais aussi d'Allemagne, d'Autriche, et d'autres pays comme le Danemark) s'est organisée pour fournir aux enfants une vie aussi normale que le permettaient les circonstances éprouvantes et les menaces de déportation vers les camps d'extermination.

Malgré les édits nazis qui interdisaient aux enfants juifs l'accès à l'éducation, à Terezin, plus encore que dans d'autres ghettos, se sont mis en place des systèmes plus ou moins clandestins – que les Nazis ont parfois marginalement autorisés – pour donner aux enfants accès au travail manuel, au dessin, au chant, puis aux langues, à l'histoire, et à des rudiments d'histoire naturelle. Des enseignants se sont portés volontaires, comme Friedl-Dicker Brandeis, qui jusqu'à sa déportation et sa mort en 1944 organise des ateliers de dessin pour les enfants. Ancienne élève du Bauhaus - ses maîtres ont été Paul Klee et Wassily Kandinsky – elle applique des méthodes pédagogiques en avance sur son temps : elle fait faire aux enfants des exercices très dynamiques de graphisme, à partir d'un travail sur la perception, puis, en analysant leurs dessins, selon qu'ils expriment espoirs, angoisses ou peurs, elle pose les jalons de ce qui deviendra après guerre l'art-thérapie.

Les enfants dessinent sur le moindre bout de papier ; bien souvent ce sont d'anciens formulaires militaires d'avant-guerre. La nécessité d'économiser le papier devient source de créativité, la preuve en est dans les formats utilisés.

En octobre 1944, après une intense expérience auprès des enfants du ghetto, Friedl-Brandeis est désignée pour le prochain train de la mort, en partance pour Auschwitz. Son mari a été déporté peu auparavant. Avant de partir, elle a tout juste le temps de dissimuler les milliers de dessins réalisés au cours des ateliers dans deux valises, qu'elle cache dans l'un des dortoirs d'enfants. Á la Libération, ces valises ont été retrouvées et confiées au Musée Juif de Prague, qui conserve aujourd'hui plus de 4 000 dessins des enfants de Terezin.

Sur les 15 000 enfants qui sont passés par le camp-ghetto de Terezin, la majeure partie ont été déportés à Auschwitz où ils ont été assassinés dans les chambres à gaz. On estime qu'une centaine d'entre eux seulement ont survécu.

http://paril.crdp.ac-caen.fr

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14:51 Publié dans Blog, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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